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DÉBUT SEPTEMBRE 1944 : DÉBUSQUER DEUX AUTONOMISTES
En 1939, les autonomistes bretons étaient déjà en relation avec les nazis, pour preuve le débarquement d'armes et de matériel de propagande dans la nuit du 8 au 9 août 1939 provenant d'Allemagne et débarqués clandestinement à bord d'un dundee "Le Gwalarn" en baie de Locquirec dans le Finistère. Ces mêmes autonomistes qui avant guerre s'entrainaient militairement dans les Monts d'Arrée. Ils pensaient que le régime nazi allait accorder l'indépendance de la Bretagne. Leurs chefs Célestin LESNÉ et son adjoint Ange PÉRESSE formèrent la formation PERROT (nom d'un abbé en poste à Scrignac collaborateur exécuté le 12 décembre 1943 par la Résistance sur ordre de Londres) appelée Bezen PERROT, sous l'autorité du nazi l'Obersturmbannfuhrer PULMER du SD de Rennes, composée de 80 membres environs qui se spécialisèrent dans la chasse aux maquis, ils portaient un uniforme semblable à celui des des Allemands mais de couleur sensiblement différente, parlant breton ils s'introduisaient d'autant plus facilement dans les mouvements de Résistance. Ce n'est qu'à partir de 1944 qu'ils opèrent en Bretagne. Ils sont responsables du démantèlement de nombreux maquis suivis de nombreuses arrestations, tortures, déportations et exécutions expéditives. Ils étaient plus craints par les Résistants que les Allemands. Ils participèrent à la plupart des grandes rafles en Bretagne. Ce n'est qu'après la Libération que j'ai appris l'existence des ces nationalistes.

En 2000 Alain PRIGENT et mon fils Serge au cours de recherches effectuées aux Archives Départementales de Saint-Brieuc ont révélé l'existence d'un cahier comportant une liste de membres de nationalistes bretons qui collaboraient étroitement avec les Allemands et dans laquelle apparaissait le nom de Ropars HEMON (d'après les nationalistes, grand réformateur de la langue bretonne) qui était autorisé par les Allemands à parler à une radio émettant sur la Bretagne, la publication de cette liste a été l'élément déclancheur qui permis de débaptiser le collège Diwan (enseignement pratiqué uniquement en breton) de Le Relecq-Kerhuon près de Brest et d'un certain nombre de rues ou de bâtiments portant le nom de Ropars HEMON. Les nationalistes bretons sont toujours très virulents et prêts pour beaucoup d'entre eux à défendre ce genre de personnage.

Certains ont voulu faire croire que des bretons impliqués dans la culture bretonne ont combattu dans la Résistance, c'est possible mais pour ma part je n'en ai pas connu même si nous parlions tous en breton notre langue maternelle. Concernant le drapeau breton (inventé en 1923 par un nationaliste raciste et collaborateur nommé Maurice MARCHAL), je n'en ai jamais vu durant l'occupation. Tous mes camarades qui ont été fusillés chantaient devant leurs bourreaux "La Marseillaise" et/ou "L'Internationale" mais aucun à ma connaissance n'a chanté le "Bro gozh ma zadoù" ("hymne breton", "Vieux pays de mes ancêtres".

C'est pour toutes ces raisons qu'après la Libération nous avons fait en sorte de neutraliser ces dangereux personnages.
Yves OLLIVIER m'avait signalé qu'un autonomiste de Pluzunet devait être mis hors d'état de nuire. il s'agissait d'un nommé Henri L..., tailleur à Pluzunet.
Avec deux ou trois camarades, nous nous sommes rendus à son domicile et l'avons trouvé alité. Atteint de tuberculose, il devait décéder peu de temps après notre passage. C’était l’un des responsable du mouvement autonomiste, section de Lannion. Je lui ai fait croire que je faisais partie du mouvement et que j'avais reçu ordre de détruire toutes les archives concernant le secteur dont celles en sa possession, ainsi que les noms de ceux qui pouvaient en posséder. Il m'a parlé d'un nommé Yann B..., facteur à Pluzunet mais demeurant à Tonquédec (recherché par la Résistance) qui d'après lui était parti se cacher à Callac par crainte d'ennuis, il nous a donné son adresse en toute confiance.
Avec quelques camarades, nous nous sommes rendus à l'endroit indiqué. C'était une petite maison dans le bourg. Le nommé B... était malheureusement absent, mais son épouse était présente.
Après nous être présentés nous lui avons expliqué qu’il fallait nous remettre tous les documents en sa possession. Nous l'avons suivi au grenier, y accédant par une échelle, et elle nous a présenté une caisse en bois sans couvercle de 80 cm de longueur, 40 cm de largeur et 30 cm de profondeur environ, pleine de documents et de livres, que nous avons emportée.
Arrivé à Louargat à notre PC à l'école des garçons, j’ai consulté sommairement son contenu : il y avait des livres, différents documents mais surtout de la correspondance dont du courrier avec pour adresse du destinataire : Yann B... - Tonquédec - Breiz - Frankreich et pour l'expéditeur Monseigneur X (oublié le nom de l'évêque) - Dresde - Allemagne.
Pris par les préparatifs de notre départ sur le Front de Lorient, j’ai confié cette caisse à mon beau-frère Eugène LE LAGADEC, et ce n’est que plus tard que j’ai pensé à en inventorier le contenu — hélas, personne n’a pu me donner le moindre renseignement sur l'endroit où elle pouvait se trouver.
voir documents provenant des Archives Départementales de Saint-Brieuc
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